Pourquoi l’histoire de Nat Turner est importante.

Pourquoi l’histoire de Nat Turner est importante.

The Birth of a Nation de et avec Nate Parker est un excellent film à plusieurs égards. Oui, il est vraiment bien réalisé, avec de très bons acteurs. Mais, c’est bien plus que cela. Tout d’abord, pour rappel ou information, le film raconte la vie et le parcours de l’esclave afro-américain Nat Turner qui a fini par mener une révolte de noirs au 19ème siècle aux USA.

Le film est excellent donc, parce qu’il est à la fois un raccourci, une allégorie mais aussi une projection de l’histoire des noirs, de manière générale. En cela, il mérite d’être regardé attentivement. Voilà quelques remarques essentielles, parmi d’autres bien sûr :

– Le film rappelle que ceux qui sont les plus disposés à mener la révolte contre l’ordre établi, ici, les esclavagistes sont ceux qui ont été les plus proches d’eux, physiquement, ou mentalement. C’est le cas de Nate Turner. C’est aussi le cas de Lumumba. Nkrumah, Mookie dans Do the right thing aussi, voire dans une certaine mesure, Malcolm X ! Ce sont des choses à retenir pour l’avenir.

– Je vois souvent ce débat sur la dualité entre Occident et Afrique, diaspora et continent africain. Avec cette étrange idée que ceux qui ont été à l’école occidentale sont disqualifiés de la lutte pour la dignité, l’humanité et la souveraineté, et que ceux qui sont les plus légitimes sont ceux qui sont restés en Afrique, sans contact avec cette école. The Birth of a Nation est un énième exemple qui démontre que cela ne tient pas débout. Nate Turner a été à l’école du Blanc, et c’est lui qui a mené la révolte. Celui qui a trahi est un jeune esclave qui n’était pas du tout en contact avec les blancs, au niveau d’un Turner. Et, cela nous m’amène au mythe de l’oncle Tom qui a été très mal interprété, mais bon passons, cela mérite un article à part entière. Bref, ce deuxième point nous ramène à la stratégie de contournement et d’émulation qui sera exposée dans le numéro 2 d’ Illmatik avec Bwemba Bong.

– Dans son livre Demain le soleil, Ishmael Beah écrit ceci : « La guerre m’a appris quelque chose. Si on veut vraiment être libre, il faut mettre hors d’état de nuire ceux qui vous rabaissent. Sinon, on finit par croire, qu’on ne vaut rien. » C’est exactement ce qui s’est passé avec Nat Turner. C’est à dire que le changement passe à un moment ou un autre, par une confrontation. Nelson Mandela à un moment donné de sa vie aussi, s’est résolu à cette confrontation aussi, en prenant les armes contre l’apartheid. Cette mise hors d’Etat de nuire est la conséquence d’une insurrection des consciences, qui elle-même est le fruit d’analyses, de lectures et d’échanges.

– Tout ce qui nous arrive est pensé, orchestré et planifié. Et donc, nous devons apporter des réponses qui sont aussi pensées, orchestrées et planifiées sur le court, moyen et long terme. C’est le drame de Nat Turner. Ils ont fait ce qu’ils avaient à faire, avec les moyens dont ils disposaient à l’époque. Ils ont tous été massacrés. C’est comme s’ils avaient, eux, leurs vies, leurs corps et leur histoire, avaient disparu des mémoires en même temps. Aujourd’hui, avec le recul, avec les expériences d’autres situations, il faut étudier ces faits, Nat Turner, mais aussi Haïti, la fulgurante « indépendance » nominale du Congo, et organiser non seulement la rébellion contre le statu quo mais surtout planifier l’après.